L’ECHEC DE DONALD TRUMP ET LA JOIE DES AFRICAINS : MIMETISME STUPIDE OU HILARITE OBJECTIVE ?

De nombreux africains bien-pensants reprochent à des milliers d’autres leur joie manifestée suite à l’élection de Joe Biden comme président élu à l’issue de l’élection présidentielle américaine du 03 novembre 2020. Ils font valoir pêle-mêle, que Donald Trump ne fut pas un président guerrier, ne tua pas Kadhafi comme Obama et restaura le plein emploi aux USA entre autres actes majeurs à son actif. Ils prédisent des lendemains désenchanteurs sous l’ère Biden (boule de cristal, où es-tu ?) et quand bien même cela serait, j’affirme que demain est un autre jour.

Comme je suis démocrate, je leur concède de voir en cet homme D. Trump donc, l’ange blanc qui vint sauver le monde puisqu’il encouragea le recours à des valeurs traditionnelles très conservatrices, auxquelles l’on pourrait effectivement s’identifier quand on vient d’Afrique, telles que la défense de la famille traditionnelle en lieu et place des nombreuses idées progressistes telles que les prônent les démocrates. Mais, que nous soyons d’accord ou pas avec ces idées dites progressistes, il s’agit de l’orientation du monde vers laquelle nous nous dirigeons et je crois que nous serons obligés de les accepter, y compris à notre corps défendant, s’il s’agit d’une tyrannie de la majorité car c’est cela la démocratie : elle n’est pas parfaite mais nous n’avons pas de meilleur système pour l’heure.

Qu’il me soit donc aussi permis de rappeler que si les contempteurs de Trump (ses opposants) n’ont de leçons à recevoir de personne, ils sont donc tout autant libres de leurs idées et de leurs opinions : NOUS AVONS LE DROIT DE NOUS REJOUIR DE SA DEFAITE !!! Et les raisons ne manquent pas :

  • D. Trump est celui qui plus que tout autre président américain, (y compris les Bush fils et père) a abaissé, dévalué la fonction présidentielle aux USA. Avec ce goujat de la pire espèce, les USA ont fait un recul arrière de près de 20 ans (sous l’ère Georges W. Bush) en matière de libertés individuelles et de respect des institutions qu’il n’arrête pas d’instrumentaliser à son seul profit et celui de ses propres opinions qu’il impose à l’ensemble du corps social tels des dogmes.
  • D. Trump a mis en place un ensemble de lois contre l’immigration dès 2017, la politique de séparation forcée des familles depuis 2018, la criminalisation de l’immigration qui réactive la loi de 1929 (Immigration and Nationality Act), le rejet des demandes d’asiles pour les victimes de discrimination en raison du genre, le refus de la carte de séjour pour les immigrants bénéficiant d’aides sociales). A cause de ces lois abjectes sur l’immigration, plus de 103 000 enfants sont incarcérés dans des camps de détention, séparément de leurs parents pour beaucoup. Oui, vous avez bien lu, Donald Trump a mis en place des lois qui incarcèrent des enfants séparés de leurs parents dans des conditions inhumaines à l’intérieur de camps de détention qui s’apparentent aux prisons américaines. Et que l’on ne vienne pas après me servir des discours « droits-de-l’hommistes », si tant est aveugle qui n’y voie l’immoralité substantielle au cœur de ces lois iniques.
  • Les USA se sont dévalués considérablement sous l’effet des trafics d’influences et de l’autoritarisme forcené que cet egocentrique à l’ego surdimensionné a exercés aux USA y compris contre la presse (Nul doute qu’il aura d’ailleurs à coup sûr à répondre de ces nombreuses infractions aux lois fédérales dans les années à venir, un peu comme Sarkozy en France, mis en examen sur de nombreuses affaires).

En effet, les vieilles démocraties ont ceci de particulier qu’elles se sont entourées d’institutions qui les prémunissent de la toute-puissance d’une personne, fût-elle le président des Etats d’Unis d’Amérique et elles savent vous ramener à la normalité de votre personne après vous avoir placé sur un piédestal au cours d’un mandat électif. C’est qu’il ne faut jamais y confondre le citoyen que l’on est avec l’institution que l’on incarne, de peur de devoir payer cette représentation biaisée de soi pour le restant de ses jours.

  • La vengeance et la jalousie étant les moteurs de D. Trump, il lui a fallu détricoter l’Obamacare qui permettait l’accès aux soins à 30M d’Américains pour justifier la réussite de sa mandature de 4 ans : j’espère qu’il n’y arrivera jamais ! Et ce n’est pas que j’aime particulièrement Obama, c’est que je trouve son système favorable à une gestion équilibrée des dépenses de santé dans un pays inégalitaire tels que sont organiquement les USA.
  • D. Trump est de tous les présidents américains de l’ère moderne, celui qui aura le plus exacerbé les tensions raciales, jouant sur les peurs et les fantasmes de ses concitoyens pour se maintenir au pouvoir, développant une rhétorique d’extrême droite et alimentant un climat de peur et de terreur au sein des minorités. L’affaire George Floyd fut une illustration synoptique et emblématique de sa présidence. Donald Trump n’a pas empêché cet homme noir de respirer mais il a alimenté un discours discriminant et un climat d’impunité chez certains blancs américains notamment des policiers leucodermes au subconscient raciste dont le passage à l’acte s’est trouvé favorisé par une rhétorique suprémaciste. Les leaders politiques et plus généralement les hommes d’influence ont cette particularité (dont ils sont forcément conscients) de créer un écosystème qui devient une pesanteur pour les tenants de l’autorité légitime. Ces derniers s’affranchissent alors facilement des barrières morales psychiques qui les empêcheraient de reconsidérer leurs actes à la faveur d’une conscience morale très individuelle. En tant que prescripteur d’un ordre subliminal, ils favorisent une haine latente qui se manifeste à la moindre occasion.

  • Sous la présidence de D. Trump, des milices d’extrême droite favorables à la violence armée et aux crimes intercommunautaires bien étrangers aux idéaux de fraternité citoyenne (Three Percenters, Oath Keepers, Proud Boys, Boogaloos Bois, Patriot prayers…) se sont émancipés. Le président a refusé d’en condamner les exactions et des américains ont encore perdu la vie y compris pendant les marches récentes du « Black Lives Matter ». Certains euphémisateurs diront que nous surestimons l’impact négatif de ces morts raciales au regard du nombre de morts que les minorités s’infligent à elles-mêmes. Soit, possible même. Mais, les citoyens ne sont pas Présidents des Etats-Unis d’Amérique : chacun doit donc être dans son rôle. Quand on est président, on devient une institution et l’on défend tous les Américains avec des valeurs refuges qui résonnent en écho au tréfonds des consciences individuelles : elles s’érigent en normes sociétales. Le président de tout Etat devient la mesure de toute action citoyenne. D. Trump aura été le plus loin possible de valeurs humanistes, fraternelles et égalitaires.
  • La gestion erratique et chaotique du COVID19 par Mr Trump n’aura échappé à personne qui se voulût un tant soit peu objectif dans son observation. Il n’aura non plus échappé à personne qu’avant d’en être infecté lui-même, il en a nié l’existence durant de nombreux mois, encourageant ses compatriotes à reprendre leurs libertés dans les Etats dirigés par les gouverneurs démocrates qu’il a accusés de vouloir nuire à son bilan économique. Il aura fallu 134 000 morts et 66 000 cas en 24h pour que le 11 juillet 2020, D. Trump consente à porter un masque en public pour la première fois, soit plus de 6 mois après l’apparition de l’épidémie sur le sol américain.  De la part du président des USA, il s’agit ni plus ni moins que d’un comportement irresponsable dont l’unique but affiché était de dissimuler son impuissance par la fourberie avec en arrière-plan idéologique la volonté de s’assurer un socle électoral de fidèles substantiel et de masquer ses propres insuffisances dans la gestion de la crise, à la faveur de la montée inexorable du nombre de décès aux USA. Par ces actes d’incompétence et d’instrumentalisation à des fins personnelles d’une rhétorique de la dénégation par un président irresponsable, j’ai perdu un ami d’enfance en Avril dernier à Washington et j’en voudrai à vie à ce président inconséquent qui aura contribué à lui ôter la vie. Il faudra qu’il paie pour ses erreurs dans la gestion calamiteuse de cette crise !
  • D. Trump aura été un président sexiste, homophobe et menteur. Il est de ceux qui auront entériné l’infériorité naturelle de la femme, et l’illustrateur d’une conception du monde figée, anachronique, qui n’a pas écouté l’évolution des mœurs, mais qui est demeuré le réceptacle d’une conception rétrograde des valeurs sociétales. Dans une dictature, une telle attitude est concevable, pas en démocratie dont on n’est que le tenant d’une certaine idéologie. L’application d’une doctrine conservatrice des mœurs et de la famille en démocratie suppose que l’on soit en phase avec l’évolution de sa société et que l’on sache l’accepter, qu’elle nous heurte personnellement ou pas, sous peine de devoir l’imposer par l’arbitraire.
  • De la sortie par les USA de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique décidée depuis 2017 et actée dès le 04 novembre 2020 à ses guerres commerciales avec l’Europe et la Chine ; de ses discours belliqueux suivis de sanctions contre l’Iran ( Ici il a été jusqu’à menacer de sanctions ses traditionnels alliés européens dont la France) au déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018, date anniversaire du 70e anniversaire d’Israël, consacrant une hégémonie territoriale d’Israël sur les Palestiniens, Donald Trump aura été un président dominateur et méprisant qui a imposé sa toute-puissance au reste du monde, sacrifiant aux règles élémentaires de respect entre partenaires, au détriment d’une coexistence pacifique.

Je pourrais encore citer tellement de ce en quoi cet énergumène arrogant a été irrespectueux à l’égard de ses partenaires. Vous remarquerez par ailleurs l’empressement de beaucoup d’entre eux à féliciter le nouveau président élu. De Justin Trudeau à Emmanuel Macron en passant par Angela Merkel, et bien d’autres, (y compris d’anciens présidents américains tels que George W. Bush le sanguinaire qui provoqua l’une des guerres les plus meurtrières du monde en 2003), beaucoup se sont empressés de reconnaître la victoire de son adversaire Joe R. Biden.

En définitive, nous sommes nombreux à avoir souhaité la chute de cet homme nommé Donald Trump, et chacun, pour des raisons différentes. Nous ne nous connaissions pourtant pas mais au final, je découvre chaque jour l’étendue des dégâts causés par cet homme dans toute conscience humaine qui requiert un minimum de lucidité, d’objectivité et d’humanisme.

Pour ma part je me réjouis profondément et avec délectation de son échec à la présidentielle américaine qui n’augure pas forcément que son successeur va réussir. Mais s’il y a une mission pour laquelle Joe Biden a été porteur de la plus belle des manières, c’est celle de nous débarrasser de cet affreux personnage et le reste se fera soit en coopérant avec Biden lorsqu’il prendra de bonnes décisions, soit en le combattant lorsque ses orientations nous déplairont. La démocratie est une lutte incessante pour la conquête de nos droits et l’instauration d’un idéal de société. C’est une négociation perpétuelle entre forces contingentes mues souvent par des intérêts contradictoires et le rôle d’un leader est de trancher dans ces perpétuels robinsonnades. C’est aussi cela le jeu de la démocratie moderne à savoir, permettre l’alternance des idées et des modes de pensée, revigorer en permanence le récit national par la reviviscence idéologique et l’intermittence des hommes politiques.

S’agit-il d’un réquisitoire sève ? Possible. Mais alors que l’on m’apporte la preuve contraire des assertions qu’ici j’ai alléguées. Elles sont vérifiables par tous !

J’ai dit !

Prof. Henri Georges Minyem

Citoyen du monde

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