LES LEÇONS A TIRER DE LA CRISE ANGLOPHONE AU CAMEROUN : Petit traité d’analyse géostratégique moderne (PART.1)

ET L’HORREUR FRAPPA UNE FOIS DE PLUS…A KUMBA !

Je vous le demande tout de go ! N’en avez-vous pas marre de pleurer vos morts ? N’en avons-nous pas assez de cette guerre qui se déroule au Nord-Ouest et au Sud-Ouest ? Qu’attendons-nous pour mettre un terme aux vilipendaisons, circonlocutions et autres atermoiements fondés sur une lecture unipolaire de notre idéal de nation ? Jusqu’à quelle date devrons-nous ranger des crimes contre l’humanité dans la rubrique des faits divers, et ceci devant le regard circonspect de la communauté internationale ?

Il arrive un moment où l’art de la guerre doit revêtir la forme d’une intelligence pragmatique en lieu et place de postures égotiques préjudiciables au corps social. En ma qualité de patriote, en ma nature d’homme, en ma responsabilité d’homme politique, en mon statut d’intellectuel, j’avoue en avoir marre de pleurer nos morts dans une guerre absurde. Alors j’entends ici faire des propositions pour que s’arrête cette barbarie dans le NOSO du Cameroun.

Depuis hier 24 octobre 2020, j’entends des cris d’effroi de mères éplorées dont certaines qui y laissent leur vie, je vois des visages apeurés et affligés sur lesquels ne coulent même plus de larmes face à l’altitude polaire de l’horreur que viennent de subir des enfants désarmés à Kumba. Des personnes armées qui tirent aveuglément sur des enfants dans une région en proie à une guerre fratricide depuis 4 ans, faisant plus de 7 morts et plusieurs blessés. Et nous voilà repartis dans une comptabilité macabre des victimes collatérales d’une sale guerre qui dure dans la partie anglophone du Cameroun. 

Kumba est une ville du Sud-Ouest du Cameroun, chef-lieu du département de la Meme, l’une des deux (2) régions anglophones où se déroule la guerre entre sécessionnistes et forces gouvernementales.

Dans ces 2 contrées situées dans le postérieur de notre pays de naissance, chaque jour qui passe nous charrie son cortège d’horreurs et son chapelet d’abominations qui nous rappellent à nous, citoyens dits civilisés, la nature bestiale de notre essence humaine. Celle-là même primesautière et animale avant que d’être civilisée par le biais de la socialisation et de la culture. Animaux sociaux, nous dit-on, êtres de nature devenus acteurs culturels au sens de la préséance de la raison sur l’animalité de nos êtres. A dessein, je parle d’« être » plutôt que d’essence car l’existentialiste ne saurait choisir l’irrationalité. Et si d’aventure il inclinait à cette dernière, il en trouverait une justification rationnelle qui de son point de vue justifie l’extrême sauvagerie de ses actes barbares.

Telle est donc la loi de la nature quand c’est elle qui prédomine chez les hommes en lieu et place des ferments de socialisation qui nous inclinent vers une collégialité formant la société avec laquelle nous faisons corps pour le reste de nos existences.

Mes chers lecteurs, une hydre polycéphale a étendu ses tentacules au cœur de la forêt équatoriale camerounaise et nous devons l’abattre. Elle porte en substance la haine de tout ce qui représente l’adversaire, l’ennemi, et concerne toutes les factions belligérantes.

Du côté des séparatistes, nous sommes passés des revendications sécessionnistes, à des prolongements protéiformes, polyscopiques et autant criminels qui accueillent maintenant toutes sortes d’aventuriers, de spadassins en mal de sensations fortes, de seigneurs de la guerre qui tels ceux du Libéria ou de Sierra Leone dans les années 1980 ont réussi à imposer un climat de terreur. Grâce à cette pesanteur de la mort qu’ils font planer au sein des villages et même des métropoles, ils étendent leur domination sur les populations pour lesquelles ils prétendent pourtant se battre.

Du côté des forces gouvernementales, des exactions ont été reconnues qui portent la marque de l’exaspération et de la volonté farouche d’en finir avec l’adversaire qui inflige de lourdes pertes à l’armée régulière depuis des années. La boucherie est ouverte, les instincts aiguisés se jettent sur leur proie avec la rage non seulement de tuer, mais d’éviscérer l’adversaire pour exposer à ses congénères le spectacle épouvanté de la déshumanisation abjecte lorsqu’on ose s’attaquer à ses troupes.

L’ETRE HUMAIN EST-IL NATURELLEMENT ANTI SOCIAL ?

Dans son « Journal d’un écrivain » publié de 1873 à 1881, Fiodor Dostoïevski nous rappelle qu’« il existe une loi politique et peut-être naturelle qui exige que deux voisins forts et proches, quelle que soit leur mutuelle amitié au début, finissent toujours par en venir à un désir d’extermination réciproque ». L’écrivain nous rappelle le désir de domination naturelle de l’être humain et sa difficulté à coexister pacifiquement de manière durable avec ses semblables, d’où une certaine proximité philosophique avec Hobbes, le père du Léviathan. Le même écrivain nous rappelle dans « Les frères Karamazov » paru en 1877 qu’ « On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers » afin de spécifier l’animalité, la nature bestiale qui sommeille en l’homme.

Pour autant, quelles raisons peuvent donc justifier le meurtre gratuit de citoyens innocents ? L’assassinat froid d’enfants naïfs et de victimes totalement étrangères à une guerre politique ? De quelle logique participent donc la mutilation et l’exécution barbare de la gardienne de prison Florence Ayafor il y a un an (le 29 septembre 2019), les exécutions sommaires de femmes, soit par armes blanches, soit ensevelies vivantes, si ce n’est celle d’un dépouillement de toute conscience morale exacerbée par l’illumination que produit la vue du sang et l’appétit qui en découle ?

Cette question d’apparence anodine revêt une dimension d’absurdité sous-jacente par temps de paix, compte tenu de l’intériorisation des règles sociales, des cadres normatifs, juridiques et éthiques avec lesquels nous évoluons au quotidien. De fait la société avec ses lois et règles, de par ses normes, nous interdit des comportements contraires à la coexistence pacifique.

C’est donc à raison que nous cédons à l’émotion à chaque fois que des images de morts de guerres nous parviennent, car ces crimes, certains d’une rare violence, heurtent notre sensibilité, notre humanité et nous rappellent les conditionnements auxquels nous restreignent les normes sociétales incarnées par les lois que les hommes érigent pour pouvoir vivre en société. Les auteurs de tels forfaits ont la particularité de s’être affranchis de ces rigidités sociales pour être revenus à l’état de nature, tel que l’envisageait un J.J Rousseau dans son ouvrage « Discours sur les origines et les fondements des inégalités parmi les hommes ».

L’EFFECTIVITE DE LA GUERRE AU CAMEROUN

Le Cameroun est en guerre depuis 2016 et feindre de l’ignorer est plus proche de la dénégation, de l’évitement (de l’autruche allais-je dire !), que de l’évidence criante. Et il s’agit  d’un conflit armé extrêmement meurtrier.

Il suffit de relire les chiffres des autorités camerounaises et des organisations internationales chargées des questions humanitaires quant au nombre des déplacés internes et externes, des enfants déscolarisés, des morts à la fois de l’armée et des sécessionnistes pour s’en convaincre. Déjà en 2019, lors du grand dialogue national, l’on dénombrait 3000 morts et plus de 700 000 déplacés (je reviendrai plus loin sur les chiffres).

J’entends dire ici que la propagande des autorités camerounaises quant au retour à la normale dans les zones anglophones est trompeuse et autant responsable des tueries de populations civiles que le silence assourdissant de la communauté internationale. De même, les images de reprises des classes, de la construction de camps de réinsertion des sécessionnistes désarmés sont un leurre qui ne sert pas la résolution de la crise. Pour finir, le remaniement ministériel avec nomination d’un premier ministre anglophone (un de plus) selon une logique politique issue des accords pour un Cameroun unitaire de 1972 n’ont pas suffi à calmer les belligérances. Quant à la grande mascarade appelée « Grand dialogue national » qui fut une bonne idée dans le principe, les modalités de son organisation et les choix politiques du gouvernement en ont généré un ensemble d’insatisfactions dont profitent les combattants des régions sécessionnistes.

Bien qu’il ait débouché sur un statut spécial aux régions anglophones et une plus grande autonomie financière accordée à ces régions, force est de constater que les mimétismes issus d’une longue pratique du pouvoir par la ruse en ont empêché l’efficacité des négociations. La création d’une commission dénommée DDR de désarmement, de démobilisation et de réinsertion aura plus relevé de l’infantilisation des séparatistes que d’une véritable prise en considération de leurs revendications.

Durant 5 jours, soit du 30 septembre 2019 au 04 octobre 2019, 600 personnalités réunies au palais des congrès de Yaoundé en 8 commissions planchèrent sur des thématiques censées apporter une lecture synoptique des problématiques camerounaises :

  • Bilinguisme,
  • Diversité culturelle et cohésion sociale,
  • Système éducatif, système judiciaire,
  • Retour des réfugiés et des déplacés internes,
  • Reconstruction et développement des régions touchées par le conflit,
  • Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants,
  • Rôle de la diaspora dans la crise et sa participation au développement du pays,
  • Décentralisation et développement local.

Oui, vous avez bien lu ! Huit (8) commissions au cœur d’une guerre, soit un fourretout globalisant au terme duquel ne ressortent en général que des bonnes intentions et des projets qui ne se réalisent pas !!!

En règle générale, quand on veut se débarrasser d’un problème sociétal en politique, l’on crée des commissions dont les résultats ne débouchent sur aucun texte d’application concret. Déjà une commission est difficile à gérer, mais alors 8 et tout ceci en 5 jours de travail !!!! Il faut soit être autiste dans son raisonnement autovalidé, soit être d’un optimisme délirant pour espérer éteindre une guerre en n’y conviant pas les principales factions rivales. C’est au mieux de l’infantilisation, au pire du mépris pour la partie adverse. Dans tous les cas, il me semble que je percevrais les choses de cette manière si j’étais un belligérant me battant pour une cause que j’estimerais justifiée.

QUELQUES EXEMPLES DE CONFLITS ASYMETRIQUES DANS L’HISTOIRE CONTEMPORAINE

LA GUERRE DU VIETNAM

De toutes les guerres précitées, celle du Vietnam me semble être celle qui dans le fond (volonté d’émancipation d’un peuple face à ce qu’ils considèrent comme une oppression et une injustice) et dans la forme (contexte de guerre asymétrique, relief et conditions climatiques) me semble se rapprocher davantage de la guerre du NOSO, malgré la nature impérialiste de l’assaillant. Il convient donc de s’en inspirer pour éviter de tomber dans les mêmes travers.

En effet, le 2 mars 1965, le président américain Lyndon B. Johnson successeur de JF Kennedy lança l’opération « RollingThunder », « Tonnerre grondant » dans le ciel nord-vietnamien. L’armée américaine y déversa par bombardement systématiques plus d’un million de tonnes de bombes en trois (3) ans. Cela faisait plus de dix (10) ans que les américains combattaient l’idéologie néo communiste de Hô Chi Ming, leader des vietcongs.

Malgré ces bombardements systématiques, le président américain décida d’envoyer massivement des troupes au sol, soit plusieurs milliers de marines et le recours au Napalm eut lieu dans une guerre dite conventionnelle. Dès 1965, la population américaine démarra un cycle de manifestations hostiles à cette guerre dont revenaient très souvent des morts ou des mutilés et des concerts se tinrent un peu partout aux USA dont le plus célèbre fut celui de Woodstock du 15 au 18 août 1969.

Les vietcongs opposèrent une résistance féroce aux troupes américaines grâce à des stratégies qui s’avérèrent payantes. En effet, usés par la guerre, épuisés par l’opium et toutes sortes de drogues locales, exténués par un ennemi déterminé et particulièrement plastique qui sut s’adapter au terrain qu’il connaissait, les USA durent s’enfuir de Saigon (qui deviendra Ho chi Minh ville plus tard) le 30 avril 1975 face à l’offensive de l’armée populaire vietnamienne.

AU SENEGAL

Depuis le début des années 1980 a commencé une guerre séparatiste en Casamance entre les forces républicaines du Sénégal et le mouvement des forces démocratiques de Casamance de l’abbé Diamacoune. La Casamance était autrefois la région la plus prospère du Sénégal. Tout commença par des marches pacifiques comme au Cameroun, mais l’intransigeance des autorités engendra une radicalisation des casamançais qui entrèrent en guerre. Des accords de paix furent ensuite signés dans les années 1991 (le premier accord intervenant le 31 mai 1991), puis des pourparlers le 08 janvier 1996. Il fallut attendre le 30 novembre 2000 pour assister à la première rencontre entre le gouvernement et le MFDC. Toutefois, même le décès de l’abbé Diamacoune le 17 janvier 2007 n’a pas arrêté les belligérances. Pas plus tard qu’en 2018, 14 bûcherons ont été tués du côté de Ziguinchor.

EN NOUVELLE CALEDONIE : LA REBELLION KANAK ENTRE 1984 et 1988

La nouvelle Calédonie est un territoire d’outre-mer en France qui comporte principalement 2 composantes sociales : les kanak autochtones natifs de l’Ile et les caldoches issus de la colonisation française.

Au début des années 1960, de jeunes étudiants kanaks décidèrent de revendiquer leur autonomie à la suite des événements de mai 68 en France. Ils s’inspirèrent de la grande révolte de leurs ancêtres en 1878 et revendiquèrent la restitution des terres confisquées au mélanésiens.

Sous la houlette du leader indépendantiste Jean Marie Tjibaou, ils mirent l’accent sur leur identité kanake différente des caldoches. Plusieurs factions furent créées, ainsi que des mouvements (FLNKS, FULK, RPC, RPCR…) Cependant la radicalisation se poursuivit et des assassinats de français (Pierre Declercq en 1981) embrasèrent le territoire. Il y eut des gendarmes tués en 1983 qui scellèrent le sort de la coexistence pacifique dans la région. La situation s’aggrava dès décembre 1984 avec l’envoi de 500 soldats français, et les kanaks répliquèrent en incendiant et pillant les maisons des Européens.

Le 1er décembre 1984, François Mitterrand décida d’envoyer un haut-commissaire en la personne de Edgard Pisani. Ce dernier proposa un projet d’indépendance-association avec un référendum en juillet 1985 mais la situation s’embrasa entre les 2 camps.  La nouvelle Calédonie évolua sous le statut Fabius- Pisani. Il s’agissait d’un nouveau texte voté le 23 août 1985 qui accordait plus d’autonomie à la nouvelle Calédonie. Les élections législatives françaises de 1986 virent arriver Jacques Chirac comme premier ministre et ses propositions furent rejetées par les kanaks du FLNKS qui reprirent une guerre clandestine. Le gouvernement français quant à lui fit évoluer les statuts PONS1, puis PONS2 jusqu’à l’apogée de la violence entre 1988 et mai 1989.

La prise d’otages d’Ouvéa survint du 22 avril au 05 mai 1988 et se termina par l’assaut du GIGN et la mort de 12 preneurs d’otages mais cette victoire militaire n’arrêta pas la guerre. Il fallut attendre le référendum sur l’autodétermination de la Nouvelle Calédonie le 26 juin 1988 qui donna lieu aux accords de Matignon, remplacés par l’accord de Nouméa signé le 05 mai 1988 sous la supervision de Lionel Jospin, alors premier ministre de la France. Ce conflit causa la mort de gendarmes français, de nationalistes sans compter de nombreux civils tués.

LA CORSE ET LE FLNC

La Corse est une collectivité territoriale française située en mer méditerranée, tout au sud de la France. C’est une ile qui politiquement occupe une place importante dans le dispositif géostratégique français : il s’agit d’un poste avancé de sécurisation du territoire. De fait, pour la France, il est impensable de se délester de cette terre excentrée qui lui permet de contrôler ses frontières maritimes, tout en disposant d’une base avancée, notamment sur le continent africain, à l’instar de la base de Djibouti.

De 1976 à 1983, période d’activité du FLNC, les corses entreprirent de se libérer de la tutelle de la France pour se constituer en entité géopolitique indépendante. Ils décidèrent alors de plastiquer les édifices publics français et entrèrent dans une logique d’opposition armée à ce qu’ils considéraient comme une invasion de leur territoire par une puissance d’occupation.

Au cours des années 1980, le FLNC revendiquait plus de 1000 membres en son sein et les armes leur étaient fournies par la Lybie du colonel Kadhafi et l’IRA (armée républicaine irlandaise) qui menait une guerre sanglante à la grande Bretagne.

Des manifestations publiques émaillèrent la vie de l’ile et les actualités françaises.  Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, le FLNC annonca une trêve. Mais face au plan français d’apaisement que rejeta le FLNC, ce dernier annonça la fin du cessez-le feu le 18 septembre 1981 :  la lutte armée reprit et le 19 août 1982, le FLNC lança 99 nouvelles attaques contre des cibles gouvernementales. Ces attaques se poursuivirent par intermittence dans les années 1990 et jusque dans les années 2000. En 2009, un attentat à la voiture piégée contre une caserne militaire de Vescovato eut lieu et jusqu’en 2014-2020, des actions armées se poursuivirent.

En 2020, des hommes armés firent irruption dans une réunion publique et l’on assista encore  à des attaques de casernes à Bastia : la guerre de libération de la Corse n’a jamais vraiment connu de fin.

L’on pourrait à dessein évoquer d’autres guerres révolutionnaires comme celle de Cuba entre 1953 et 1959, ou celle de Colombie avec les FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes) mais le point commun entre toutes ces guerres, c’est qu’à un moment où à un autre, il a fallu négocier !

A titre d’exemple, il a fallu négocier la libération d’Ingrid Bettencourt auprès des FARC le 2 juillet 2008 après plus de 6 ans de captivité ; il a fallu à l’Etat français négocier la libération de Sophie Petronin le 08 octobre 2020 après 4 ans de détention par les islamistes maliens, négociations qui ont d’ailleurs permis la libération conjointe de 200 djihadistes maliens au grand dam des soldats français qui les combattent au sahel.

LA PARTICULARITE DE LA GUERRE DU NOSO AU CAMEROUN

La guerre du NOSO ne saurait donc s’apparenter aux grandes confrontations internationales que furent les guerres conventionnelles et même le Kosovo n’a rien de ressemblant puisqu’ici il s’agissait d’une guerre de domination ethnique fortement imprégnée d’idéologie confessionnelle.

Dans la forme, cette sale guerre à laquelle le Cameroun est confronté depuis 4 ans est plus proche de la guerre du Vietnam où les Nord-vietnamiens compensèrent leur infériorité armée par des stratégies circonstanciées, des attaques éclairs et une extrême mobilité favorisée par leur connaissance du terrain.

Dans une guerre asymétrique de cette nature prédominent trois déterminants essentiels :

  1. La détermination des combattants qu’ils puisent dans la défense de la cause qui leur tient à cœur
  2. La terreur qu’ils infligent aux populations, générant des stratégies de la terre brulée et l’horreur auprès des populations. L‘une des armes en vigueur ici est d’ailleurs la guerre médiatique
  3. Le temps. Le temps est sûrement l’un des déterminants essentiels dans la pérennité de la guerre car il génère de la lassitude, des adaptations logistiques incessantes et des défaillances en cascade.

Pour comprendre et résoudre une telle crise, il faut réinterroger ses fondements et ne pas se contenter de la logique armée. Et c’est ici que les autorités camerounaises sont dans l’erreur depuis le début.

En effet, en misant sur la puissance et la supériorité à la fois de l’armement stratégique et de la formation des hommes, ils en oublient que l’homme qui se bat pour une cause qu’il estime juste est préparé à y laisser sa vie. De fait, l’idéal pour lequel il se bat lui sert de propulseur catalytique dans son action meurtrière et cette dernière devient le sens ultime de son existence. Sa vie lui importe tant peu que ça en est même le gage de la justesse de son combat. Ainsi, cet homme-là vaut un contingent de soldats de métiers car il est imprégné d’un vent divin que les japonais appellent « kamikaze ». Souvenons-nous d’ailleurs des dommages incommensurables que les kamikazes japonais infligèrent aux navires et porte-avions américains durant la IIe guerre mondiale, et qui furent les principaux déterminants du déploiement par les USA des 2 bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki en 1945.

J’entends dire ici que la psychologie du Kamikaze est proche de celle des terroristes ou des révolutionnaires, y compris dans les démocraties occidentales où l’on pense qu’il suffit de bombarder la Syrie et l’Irak pour arrêter le terrorisme.

DE LA NECESSITE DE COMPRENDRE L’ETAT PSYCHOLOGIQUE D’UN COMBATTANT SECESSIONNISTE

Pour comprendre les difficultés de l’Etat Camerounais à éradiquer la nébuleuse sécessionniste, il faut s’imprégner de la psychologie d’une armée en infériorité stratégique au cours d’un conflit armé.

D’abord, il faut bien prendre en considération la nature de la guerre concernée.

Dans le conflit du NOSO, les 2 armées en conflit ne sont pas conventionnelles, ce qui signifie que c’est une guerre asymétrique. Dans une guerre conventionnelle, la qualité et la quantité des armements peuvent suffire à un camp pour remporter la victoire sur l’autre. Tel a été le fondement stratégique de la course aux armements des années 1913-14 et des années 1933 à 1945 au sein de l’armée du IIIe Reich et aux USA. Après nous eûmes la guerre froide avec l’apparition de nouvelles armes, qui de conventionnelles devinrent nucléaires et confirmèrent la puissance relative des belligérants de la IIe guerre mondiale. Dans ces conditions, la puissance de feu confère un avantage psychologique à l’Etat par le nombre des ogives nucléaires et par la valeur du nombre de militaires. L’exemple de la forte militarisation au niveau du 38e parallèle entre la Corée du Nord et celle du Sud en est l’illustration flagrante. Ici, dans la DMZ (zone démilitarisée), près de 700 000 soldats nord-coréens et plus de 400 000 sud-coréens se surveillent nuit et jour depuis 1953, année de la fin de la guerre de Corée.

Dans un tel contexte, les armées ne s’attaquent pas car elles se redoutent en pratiquant la dissuasion comme stratégie en action préventive. C’est dans ce monde que nous vivons depuis l’année 1949 et la construction du mur de Berlin en 1961, qui a entériné la rupture du monde en 2 blocs principaux, l’Est et l’Ouest. Même la Perestroïka de Mikael Gorbatchev n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire puisque la défunte URSS a pu se reconstituer partiellement par le truchement de la grande Russie de Vladimir Poutine ; l’exemple de l’annexion de la Crimée par la Russie du 26 février au 28 mars 2014 devant une communauté internationale boudeuse mais impuissante, aura été la preuve flagrante de cette persistance de l’antagonisme larvé des puissances occidentales et orientales de l’Europe. Mais mieux vaut éviter une guerre potentiellement dangereuse pour l’humanité entière n’est-ce pas ?

MAIS ALORS COMMENT COMBATTRE LE TERRORISME ?

Le terrorisme est une philosophie de la guerre qui s’affranchit totalement de la rationalité structurée par des rapports sociaux de coexistence pacifique dans des espaces régis par des codes éthiques, en tout cas juridiques avec pour finalité la préservation d’un ordre social.

Le terroriste utilise la terreur pour se faire comprendre et partout où il peut faire mal à ceux qu’il considère comme ses ennemis, il ne recule devant aucune abjection, ne fait l’économie d’aucune abomination pourvu que sa cause soit supposée juste par lui et ses comparses. Cette engeance devient « frère de sang » par les blessures et les fêlures qu’ils infligent à la population qui leur fait face.

Que l’on se souvienne de la terreur froide et la joie extatique des terroristes du Bataclan en France le 13 novembre 2015, qui s’amusaient à tirer sur leurs victimes comme des lapins. C’est que l’extase est à son paroxysme devant le spectacle de la terreur lue dans le regard apeuré de l’adversaire. Le terroriste mesure ainsi la plénitude de son être, la toute-puissance de son idéal et l’accomplissement de son œuvre.

De fait, plusieurs solutions s’offrent aux politiques qui veulent y mettre un terme :

  • Soit accéder à leurs requêtes, mais parfois elles sont tellement insensées que l’on préfère les éluder
  • Soit faire l’autruche mais cette attitude est pire pour le corps social neutre qui subit les affres des justices parcellaires de ces apôtres de la mort que sont les terroristes
  • Soit négocier en situation de force. Cette solution me semble être la moins mauvaise dans une guerre, surtout lorsqu’on estime être en situation de supériorité sur le plan armé.

Je m’explique : On ne négocie pas en situation dévaluée, car les exigences de l’autre deviennent des injonctions comme ce fut le cas pour les alliés qui imposèrent des concessions hyperboliques à l’Allemagne lors de sa capitulation au traité de Versailles du 28 juin 1919 pour la 1ere guerre mondiale ou lors de celle du 8 mai 1945 pour la 2e guerre mondiale. On négocie en position de supériorité, à condition toutefois de choisir les bons interlocuteurs.

QUELLE DIFFERENCE ENTRE TERRORISME ET SECESSIONISME ?

Les sécessionnistes camerounais ne peuvent être considérés comme des terroristes au sens littéral du terme, car au commencement de la crise, il est question d’une organisation révolutionnaire qui combat une puissance qu’elle considère comme occupante.

Toutefois, la radicalité de leur discours et la férocité de leurs actions peuvent laisser à penser qu’ils se retrouvent dans une logique de généralisation de la peur. Il faut comprendre le caractère labile de cette mouvance révolutionnaire qui s’est étendue à des groupuscules armés aux desseins centrifuges, régnant en maîtres sur une économie de prédation, qui utilisent la stratégie de la terreur en répandant le sang des victimes innocentes afin de susciter l’intérêt de la communauté nationale et internationale. Bien que criminelle et répréhensible, il n’en s’agit pas moins d’un instrument de terreur comme levier d’action contre l’ennemi.

Dans le cas du Cameroun, les premiers qui se sont proclamés sécessionnistes sont dans les geôles des autorités camerounaises. Leurs acolytes et autres financiers se trouvent en exil à l’étranger. Ce qui signifie que les autorités doivent accepter de faire des compromis. Tenir un grand dialogue national qui exclue les principaux belligérants du conflit est une attitude arrogante et improductive qui ne résout rien. Pire, la marginalisation des principaux propagateurs de la guerre, prive les autorités camerounaises d’un levier indispensable en négociation qu’est le « groupe d’appui ». J’explique tous ces mécanismes de négociation dans mon dernier ouvrage disponible à cette adresse : https://www.eyrolles.com/Accueil/Auteur/henri-georges-minyem-76612/

En acceptant de négocier, il est possible de retourner les plus modérés qui s’opposeront aux radicaux et apaiseront la situation. Il s’agit d’une technique de négociation qui a fait ses preuves dans l’histoire. L’exemple des accords Sykes-Picot signés le 16 mai 1916 entre la France et la Grande Bretagne leur permit de s’attacher l’alliance des chefs bédouins dont Ibn Seoud. Ces accords secrets entre les 2 puissances leur permirent de s’attirer les faveurs arabes dans leur guerre contre l’Allemagne alliée à l’empire Ottoman. L’Allemagne perdit la première guerre mondiale en partie à cause de cette stratégie.

Lors de la conquête de l’Ouest en Amérique, cette stratégie fut déployée par les Anglais contre les Français, ce qui leur permit de gagner les faveurs des tribus indiennes. Ces dernières s’allièrent aux Anglais et cette stratégie leur permit de bouter la France hors d’Amérique puisqu’elle y perdit sa dernière implantation qu’était le Québec au terme de la guerre de sept (7) ans de 1756 à 1763.

Plus près de nous géographiquement et temporellement, la France de Sarkozy utilisa la même stratégie en Lybie en s’adjugeant l’allégeance du CNT (Conseil National de Transition) pour faire tomber le guide libyen Mouammar Kadhafi  en octobre 2011.

L’histoire doit servir de repère pour orienter la boussole des hommes et les exemples suscités ont pour but d’identifier des facteurs d’échecs constellés en une somme d’erreurs méthodologiques et stratégiques commises par les autorités camerounaises dans la gestion de cette sale guerre. Il me semble que si les bons enseignements ne sont pas tirés, j’ai bien peur que nous ayons encore bientôt beaucoup de cadavres dans les bras, car le terrorisme qu’il soit syrien, vietnamien, afghan ou Camerounais, a une constante : il frappe partout où il peut susciter le spectre de la peur. La mort des autres et la souffrance qu’elle génère sont des adjuvants de la toute-puissance de son idéal, quitte à y laisser sa vie. Ne dit-on pas que les martyrs vont au paradis ? De fait, pour le révolutionnaire comme pour le terroriste, rien n’est plus fort qu’un idéal qui s’affranchit de la vie ! La mort est l’issue évidente de celui qui se bat pour une cause, qu’elle soit justifiée ou pas.

(A SUIVRE)

Prof. Henri Georges Minyem

Professeur en grandes écoles d’ingénieurs/ Enseignant à l’université de Paris Diderot

Président du parti politique LCN (LE CAMEROUN NOUVEAU)

https://sites.google.com/view/lecamerounnouveaucom/lcn-mot-du-pr%C3%A9sident

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