POUR UNE REFONDATION CITOYENNE DES VALEURS CAMEROUNAISES !

Depuis quelques heures, je réfléchis à la meilleure formulation de nos réalités camerounaises à travers cette expérience parisienne et je ne sais toujours pas comment la narrer, ou même tout simplement l’intituler. Les Camerounais de la diaspora ? Les 2 Cameroun de l’extérieur ? Les fonctionnaires camerounais et leurs concitoyens ?

Toutes ces formulations reflètent en réalité les diverses expériences auxquelles il m’a été donné de me confronter durant ces 2 derniers jours à la faveur de ma visite au sein de l’ambassade Camerounaise à paris.

Il faut dire que je ne suis pas familier ni fan de ladite ambassade, mais je suis Camerounais et c’est donc mon territoire en plein cœur de Paris. J’ai pris le temps d’observer ce que jadis j’évitais : nos comportements au cœur de la capitale française et je ne doute pas un instant que les comportements auxquels j’ai assisté, fussent à l’image des Camerounais quelle que soit l’aire géographique où ils se trouvent : d’un côté, les agents de l’administration détachés et de l’autre des citoyens camerounais à l’assaut de leurs représentations diplomatiques en demande de services consulaires. Et ce que j’ai encore observé m’a laissé pantois. J’y reviens.

DE LA NECESSITE D’ETUDIER LE COMPORTEMENT RECURRENT DES ACTEURS COMME UN FAIT SOCIAL

Dans les règles de la méthode sociologique, le grand sociologue Emile Durkheim postule d’étudier les faits sociaux comme des choses, c’est-à-dire des objets qui puissent s’étudier en tant que données analytiques au même titre que des phénomènes physiques, plus généralement scientifiques, pour faire œuvre scientifique justement. Il ouvre la voie à un large champ d’investigation sociologique qui pose les fondements des travaux ultérieurs notamment ceux sur les acteurs au sein de systèmes. C’est le cas de l’analyse stratégique de Michel Crozier qui s’évertuera à étudier un système dans son environnement en tenant compte des échanges intrasystémiques, mais aussi entre plusieurs systèmes et leurs interactions réciproques dans un environnement donné : j’ai décidé de parler de l’ambassade du Cameroun à Paris où j’ai été présent ces 2 derniers jours, après plusieurs années d’absence.

Qu’est-ce donc qui fait la différence entre ceux qui sont à l’intérieur du bâtiment aux baies vitrées et ceux qui viennent solliciter un service ? Il y a d’une part ceux qui ont des droits : ce sont les employés de l’ambassade et ceux qui les sollicitent : ce sont les usagers au sens large. Ces derniers ne doivent aucunement oublier leurs devoirs notamment le respect obséquieux qu’ils doivent aux premiers, de peine de se voir priver du droit qu’ils sollicitent (allais-je dire mendier ?)…pour incivisme. Avez-vous parlé d’absurde ?.

En réalité, nous assistons en miroir équivoque à la réalité du pays transposée dans un micro système qui est le reflet de la société civile camerounaise avec cette nuance qu’ici, il y a reproduction des usages. La miniaturisation du site facilite l’amplification de la déformation. En d’autres termes, la proximité au sein d’un microsystème comme une ambassade génère une reproduction des pratiques, aisément amplifiée par la promiscuité qu’impose l’exiguïté des locaux. Cette fonction de reproduction des normes et des valeurs induit plusieurs conséquences qu’un œil étranger ne peut percevoir :

1. L’individu en prise avec cet environnement en vient à considérer son comportement comme normal puisqu’il transfère mimétiquement son vécu de Camerounais dans son nouveau contexte sociologique

2. Ce faisant, il est en dissonance chaque fois qu’il se heurte à un regard extérieur

3. Il finit par se sentir à l’aise dans sa micro société reconstruite et développe dès lors un grégarisme fortuit sans lequel il se sentirait perdu.

A PARIS, LE FONCTIONNAIRE CAMEROUNAIS REPRODUIT MIMETIQUEMENT SON COMPORTEMENT DE FONCTIONNAIRE CAMEROUNAIS

A vrai dire, ce mécanisme inconscient par lequel on s’identifie comme membre d’un corps participe de notre besoin d’appartenance si l’on postule la société comme un ensemble régi par des liens d’interactions entre individus régis par des codes de communication communs. Se sentir appartenir à un collectif devient dès lors un refuge dans lequel « On se comprend ». En effet, ici, on peut reproduire nos blagues, parler de nos musiques, de nos différences en cultivant les fonctions phatiques, celles qui permettent de faire sens avec les autres.

Les sociologues américains Solomon Asch et chérif ont étudié ce phénomène d’influence sociale et développé la notion de « conformisme » ». Il ressort de leurs travaux que la pesanteur de la société conditionne fortement nos propres choix et que cette influence favorise le déterminisme de nos choix dits intrinsèques. Les pères de la sociologie qualitative américaine que sont Talcott Parsons et Robert King Merton sont les pères du structuro fonctionnalisme et ils furent les précurseurs avec Elton Mayo dans les années 1930, des travaux qui aboutirent à l’inversion paradigmatique de la sociologie : pour comprendre un système, il faut sortir des modèles génériques qui forment des champs tels que l’éducation l’économie et faire de chaque système un objet d’étude à part entière. Quant à Kelman, il identifie 3 formes de conformismes (complaisance, intégration, identification).

Le fonctionnaire camerounais qui se retrouve à Paris ne cesse pas d’être un fonctionnaire camerounais ; seul change le lieu d’exercice de sa camerounité !!! Si par son métier, il se trouve confronté à d’autres camerounais dans l’exercice de sa profession jour après jour, l’influence extérieure sera inefficace sur son acculturation car se mouvant dans un contexte culturellement camerounais par essence. De fait, n’attendez pas d’un fonctionnaire camerounais qu’il soit différent à Paris, Londres ou Washington : il restera camerounais dans sa réflexion et perpétuera parfois en les amplifiant les travers qui déjà faisaient tâche dans son contexte originel. Il y a ici à la fois de l’intégration et de l’identification au groupe social prédominant qu’il côtoie au quotidien.

Quand l’on observe la fatuité, la suffisance et l’arrogance avec laquelle les fonctionnaires de l’ambassade camerounaise traitent ceux qu’ils sont censés servir, l’on est en droit de se demander d’où peuvent bien venir ces comportements de mépris et d’arrogance ? Il me semble que leur mission première est pourtant de servir leurs concitoyens !!! « Monsieur, je n’ai pas de temps à perdre », « Madame, vous me fatiguez » ; Ici, on vous fait faire 4 fois des photocopies différentes de documents (soit 4 aller-retour à l’extéirue de l’ambassadecar il n’ya pas de photocopieuse) pour un même dossier au lieu de vous faire une liste unique de pièces manquantes et n’osez pas vous plaindre, ou demander des précisions, en 2 mots : VOUS EMMERDEZ !

Depuis leur relative position supérieure face à des personnes dont le sort dépend parfois de leur volonté souveraine, ils semblent exorciser les nombreuses frustrations relatives à leurs faibles rémunérations qu’ils ne peuvent compléter par des rapines et autres larcins banalisés au pays. Ne leur reste alors que ce sentiment de puissance qu’ils ont sur ceux qui de l’autre côté de la vitre implorent leur bienveillance.

Le pire est que l’autorité en charge de ces services déconcentrés n’est pas au contact de cette population au quotidien ; il lui est donc difficile d’apprécier le comportement de ses subalternes. Pourtant, un simple coup d’œil permettrait à l’ambassadeur de comprendre qu’il n’est pas normal que des citoyens camerounais attendent durant des heures, devant des grilles de fer insensibles à leurs souffrances, face au regard goguenard des passants parisiens qui ne comprennent pas ce défilé obscène de files mélanodermes qui rongent leur frein dans l’attente de la sollicitude des maitres de céans. Comment ignorer le désarroi de personnes qui sous le vent, la tempête, font le pied de grue, espérant comme une aumône le regard compatissant du vigile qui viendra leur ouvrir les grilles alors même que cette maison est leur territoire diplomatique ?

Il est indécent de laisser des personnes, citoyens camerounais sur leur territoire faire la queue des heures durant, dans la rue alors même qu’il y a suffisamment d’espace dans l’enceinte pour désengorger les trottoirs parisiens du 16e arrondissement !!!

DANS LA RUE, CA GRONDE !

Du côté du trottoir, les camerounais en attente, dans un élan primitif reproduisent à leur tour des atavismes inhérents à leur nature belliqueuse face à des perspectives limitées d’être reçues : alors elles font du coude, se bousculent, s’invectivent comme s’ils se trouvaient dans un quartier populeux des faubourgs de Yaoundé, Dschang ou Eseka. Ici le respect n’est qu’en apparence ; très vite, les mimétismes resurgissent et un tel promet d’en découdre à tel autre ; telle dame d’un âge respectable vous grille la politesse et s’excuse à peine, quand d’aucuns, plus nerveux rivalisent de gesticulations faisant saillir leurs impressionnantes musculatures au milieu de menaces de gladiateurs en mal d’action. Tel est le quotidien des camerounais devant ou dans leur ambassade, en proie à leurs concitoyens au pays dit des droits de l’homme où le droit existe, certes, mais dans la stricte conception de l’autorité à la camerounaise : Obséquiosité attendue pour les externes et suffisance pour les élus de la nation, petits potentats tropicaux dans une capitale occidentale qui a pensé les droits de l’homme et du citoyen dès le XVIIe siècle.

LA NECESSITE DE REPENSER NOS VALEURS SOCIOLOGIQUES FONDAMENTALES

L’individu n’est pas naturellement mauvais, pensait Socrate dans un élan d’intellectualisme moral qui tranchait avec la rigueur morale de Kant. Certes, l’on peut postuler une corruption sociale générée par un structuralisme omnipotent. La question est celle de savoir concrètement pourquoi dans le système d’action qui fait l’objet de cette tribune, à savoir les ambassades camerounaises (l’exemple de celle de Paris nous servant de base de réflexion), la conjugaison de notre nature propre ne peut s’infatuer de la culture du pays hôte ? En réalité, poser cette question reviendrait par exemple à comparer un français de France avec un autre du Cameroun. Un peu comme si on disait à un Français installé au Cameroun de se comporter comme un Camerounais.

Il me semble que pour qu’une telle acculturation se fasse, les liens de ce Français se doivent d’être rompus avec sa société d’origine qui forme le socle de ses représentations mentales depuis ses fondements sociologiques. Autrement dit, malgré des années d’interpersonnalisation avec des Camerounais, ce français ne pensera jamais comme un camerounais. Que l’on se comprenne bien, je n’entends pas ici postuler une espèce d’essentialisme, mais plutôt arguer de la pesanteur très forte de notre structuration mentale originelle sur notre regard au monde. A cet effet, Freud arguait d’ailleurs que l’enfant est le père de l’homme.

Il est donc plus question d’adaptation que de naturel ; il relève plus ici d’adaptabilité pragmatique et d’existentialisme que d’inversion des paradigmes.

Pour que ce regard change fondamentalement, c’est l’individu qui doit changer dans son cadre culturel d’origine. Autrement dit, le fonctionnaire camerounais de Paris ne changera pas si depuis le Cameroun, l’environnement ne facilitait pas ce changement ontologique. Une société s’exporte dans ses qualités et ses travers et faire l’économie d’une réflexion en profondeur sur qui nous sommes en tant que groupe social, nos valeurs, notre ontologie nous dispense de comprendre les fondements de nos errances. D’ailleurs le révérend Placide Tempels dans sa « Philosophie bantoue » parue en 1945 l’avait bien compris, quand il expliquait à ses congénères que l’Africain avait un rapport ontologique à son univers qu’il fallait comprendre pour dialoguer avec son être. L’être étant ici compris comme une immanence nécessaire à la compréhension de son rapport au monde.

Mais depuis ces années d’après-guerre, de nombreuses autres valeurs ont remplacé les fondements anthropologiques des sociétés africaines ; elles sont liées à la ploutocratie et à l’économisme qui ont perverti le regard de l’Africain à son antériorité pour peu qu’il la connût.

A ces nouveaux repères sociaux se sont ajoutés la misère institutionnalisée et les potentats érigés en systèmes de gouvernance dominomorphique pour comprendre le gouffre abyssal dans lequel se complaisent ces fonctionnaires dont l’illusion de pouvoir n’a d’égal que frugalité de leur pitance mensuelle. Ainsi naissent les aigreurs qui font le lit des tyrannies localisées. Oh, ne criez pas trop vite sur tel parvenu camerounais qui fait la pluie et le beau temps dans son empire médiatique superfétatoire aux jambes fragiles, car il n’est que l’excroissance d’une tumeur généralisée dont chaque organe du corps social camerounais comporte une part de métastase. La véritable issue de cette tragédie tropicale viendra du sommet. Sans changement de direction, sans vision claire, sans direction, le peuple ne se saisira jamais de l’opportunité de changer de système car il le perçoit comme naturel, et à vrai dire, c’est quand même le cas pour lui (lire Herbert Simon).

Ne vous offusquez pas non plus que des jeunes Camerounais, hordes de voyous sans foi ni loi en soient arrivés hier à assassiner un jeune gendarme pour 100FCFA hier à Douala car demain, c’est tel autre qui vous coupera le bras pour vous arracher une gourmette. Le paupérisme n’est pas que financier, la ruine est mentale et c’est ce ravage né des égrégores volatiles des sectes et du stupre érigé en valeur qui génère des courses d’oiseaux étêtés sans but au sein de volières multiformes aux contours diaphanes.

Ne demandez pas à un aveugle comment serait la lumière du jour car il ne la connait pas. Mais chantez-lui une belle mélodie et il suivra le son de votre voix. Tel est le dilemme de l’homme d’Etat, du grand homme qui comme le disait Napoléon Bonaparte, est un météore destiné à brûler pour éclairer les hommes : il doit trouver la lueur suffisante claire pour illuminer la voie en même temps que de bonne intensité pour ne pas éblouir.

Cette brève incursion dans le microsystème qu’est l’ambassade du Cameroun devrait permettre à mes lecteurs concernés de comprendre la bêtise de leurs actions, le poids rétrograde de leurs attitudes et la nécessité d’une mise en perspective issue d’une réflexion ; combien sauront lire la substance de ce message ?

NOUS DEVONS PARLER AU PEUPLE !

Nous devons parler au peuple et lui énoncer des faits qui déroutent, lui asséner des vérités qui ébranlent afin d’engendrer un sursaut de conscience dans une société sans repères où la lutte pour la survie quotidienne a masqué la vue du sens : Qu’est-ce qu’une société ? Vers quoi tend-elle ? Quelle est la meilleure alchimie du vivre-ensemble ? Quelle nation Camerounaise voulons-nous bâtir ? Ensemble ?

Voilà le discours sans fin que ceux qui ont une audience dont la voix porte, que ceux qui pensent, qui ont quelques lectures d’avance et autant de kilomètres doivent transmettre aux autres qui, malheureux n’ont même plus le sens de la bonne action (BA comme nous disions jeunes scouts), le geste altruiste, sans retour, sans volonté de dominer pour exister. Il est grand temps que la raison éclaire les hommes de bien dans notre société.

Prof. Henri Georges MINYEM

Enseignant à l’université de Paris VII-Diderot

Président du parti politique LCN (LE CAMEROUN NOUVEAU)

https://sites.google.com/view/lecamerounnouveaucom/

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