Réflexions circonstanciées

Ssur l'Occident Chrétien

De L’Occident Chrétien

Si l’on se résume, l’Occident en tant qu’ensemble géopolitique serait en définitive une pure construction intellectuelle ne disposant point de racines culturelles similaires qui l’identifient en tant qu’entité géopolitique disposant outre d’une sphère d’appartenance culturelle commune, de codes et de réalités sociopolitiques identiques.
En réalité, ce sentiment communément répandu d’appartenance collective  se heurte à une triple construction historique, interculturelle et géostratégique.

L’approche historiographique

D’abord l’histoire moyenâgeuse que les historiographes situent entre le Ve siècle (476 apr. JC avec la chute de l’empire Romain) jusqu’en 1453 (chute de Constantinople prise par les Ottomans) a  permis la diffusion à profusion de la pensée chrétienne d’Occident à travers une sphère liminaire assez restreinte qu’il est convenu de qualifier d’ « intraoccidentale » car elle concernait essentiellement les royautés européennes, qui progressivement s’étendit au-delà des mers, par l’effet de l’image holiste qu’elle se faisait d’elle-même.

L’ infraculture occidentale d’alors, ambitieuse dans son autoreprésentation, se posa en modèle universel de pensée, légitimant sa prescience par d’incessantes guerres intra-européennes d’abord ensuite  ultramarines, menées notamment en  opposition à l’islamisation naissante du croissant fertile qui se prolongea vers l’Europe aux VIIe-VIIIe siècle. Cette contre offensive chrétienne se matérialisa par des guerres contre les Califats (dont le rayonnement extrême se situe au VIIIe siècle), en passant par l’emprise de la mer méditerranée et l’occupation occidentale de Jérusalem durant plusieurs  siècles par les templiers. C’est aussi dans ces mêmes entités géopolitiques qu’apparut une volonté d’expansion, aisément favorisée par la maîtrise progressive des techniques de navigation qui facilitèrent  leur expansion au-delà des mers.

L’idéologie mercantile sous-jacente à une volonté affichée d’évangélisation justifia des conquêtes fortement encouragées par le clergé à la suite des différents conciles qui en unifièrent la doctrine officielle (les canons de l’Eglise). Cependant,  et nonobstant la prescience du clergé grâce à la un appareil répressif qui dominait aussi bien le spirituel que le temporel, l’on assista malgré tout à l’émergence d’une raison critique au sein de ce même dogme religieux qui finit par subir un schisme qualifié de réforme sous la houlette d’un Luther.

Brûlons les étapes et faisons un bond… dans les temps modernes

La renaissance qui débutera par les temps modernes (entre 1453 et 1789) va favoriser une certaine libération de la pensée spéculative dont l’expression emblématique en même temps qu’historiographique sera la révolution française reconnue aujourd’hui comme l’acte d’humanisme initiateur d’une conception progressiste de l’homme. L’ensemble des penseurs de cette époque où l’on décapita toutefois les nobles et les révolutionnaires (Robespierre guillotiné, Condorcet condamné par la convention en 1794 et mort dans des circonstances mystérieuses) s’évertueront à donner à cette sécularisation de la pensée une dimension dialectique qui échappe à la  pesanteur du clergé traditionnel.

Outre cette approche historique, il y a ensuite un ensemble de valeurs projetées par un idéal de progrès qui vont se décliner sous des formes différentes selon le regard que l’on porte sur les populations que les nations européennes (considérées par extension comme occidentales) vont véhiculer. Ces notions de progrès vont se manifester sous deux aspects :

-d’abord en Europe où la première et surtout la deuxième révolution industrielle vont attirer les attentions sur la nécessité de régulation du travail humain à des fins de regénération des facteurs de production dans une loi d’airain marxienne
-Ensuite, outre-mer où la considération humaine s’arrête toutefois aux limites de ce qu’il est convenu de qualifier de droit naturel.

En effet, la question focale qui se pose à cette rationalité en éclosion concerne le jusnaturalisme ou science du droit naturel. Opposera-ton les conceptions classiques d’Aristote, de Protagoras, de Xénophon, d’Alcidamas d’Elée, des deipnosophistes, etc…aux modernes (Occam, Hobbes, Machiavel, Locke, Hume, Rousseau, etc…) ?

L’homme de la nature est-il l’homme de la culture ? Dans quelle mesure l’homme de la nature est resté à l’état naturel et tous les hommes disposent-ils de la pleine capacité à l’accession au droit culturel ? La raison est-elle uniformément répartie au sein de l’humanité ?
Ces questions fondamentales dans le regard niveleur posé sur les autres, conditionnent et déterminent le rapport aux autres peuplades de la terre qui constituent la « fratrie humaine » (néologisme contemporain volontaire, en même temps que signe des temps lié à notre époque actuelle.)

En réalité, ce concept fortement inspiré des luttes indépendantistes n’a pas eu d’existence formelle et doctrinaire avant les indépendances africaines puisqu’on retrouve encore jusqu’à la fin des années 30, des expositions universelles qui défendent l’idée d’une différence naturelle, d’une graduation de l’intellect humain au sein de l’espèce qui légitime la colonisation. Le polygénisme des Atkins, Mauperthuis, Camper… n’est certes pas encore bien loin. A ce propos, il n’est qu’à observer les ethnocides et autres génocides perpétrés aux Amériques, aux Caraïbes, les déportations massives d’Afrique pour se rendre compte des prénotions qui guident les hommes des temps dits modernes.

Pour finir, l’Occident qui se conçoit comme totalité est d’abord morcellement d’idetités diffuses, une miscéllanée de réalités anthropologiques faites de fragments comminutifs de représentations culturelles multiformes dont l’expression politique moderne en facilite l’impression factice d’unicité idéologique. Il est en somme certes, une construction culturelle proche par sa culture chrétienne séculaire et ses racines sociolinguistiques, bien loin cependant de représenter une vision homogène dans son rapport au monde.

En effet, à bien y regarder, qu’est ce qui rassemblerait fondamentalement un Italien, un Français et un Allemand ? Entre des racines latines pour les 2 premiers, leur proximité avec les cultures méditerranéennes et une culture germanique, entre une conception saxonne et une origine euskaro-caucasienne, entre une culture ashkénaze issu des Khazar et une autre séfarade moyen-orientale qui n’aurait de fédérateur que l’adhésion « par le sang » à une religion pour la frange de sa population de culture juive, qu’est-ce donc disais-je qui favoriserait l’unicité de la culture européenne ?

Le facteur d’identification à cette culture se trouverait-il dans l’expansion de l’empire romain ou les frontières du saint empire romain germanique de Charlemagne (pendant et après sa mort à la faveur de son éclatement) ou encore les guerres napoléoniennes qui excluent la Russie de la vaste culture dite européenne ?

Au final, l’Occident est tant différent à la fois dans son histoire institutionnelle (quelle analogie entre la monarchie anglaise et la démocratie à la Française) et dans ses constructions identitaires, que l’on peut se demander quel est le rapport entre un mormon des USA totalement imprégné d’une conception monastique de son existence terrestre et un habitant de la région parisienne obnubilé parle train-train quotidien qui rythme son rapport quotidien  aux autres ?

Il me semble donc que l’Occident (pris comme totalité géoculturelle) se perçoit comme spécifique par rapport aux autres sphères socioculturelles pour une raison fondamentale qui réside dans la conviction qui s’est fait jour en son sein d’une unité de pensée sur son rôle universel, sur sa conception progressiste de l’humanité.

De fait, l’universalisme des Lumières a contribué de fait à convaincre ses laudateurs de la mission civilisatrice de cet Occident dans une époque où l’exercice de la rationalité se heurtait aux limites de disciplines devenues depuis scientifiques telles que l’ethnologie ou l’anthropologie ; autant de phares qui éclairèrent de lectures différentes des grilles d’analyse de cultures étrangères autrefois soumises à la curiosité malsaine des explorateurs occidentaux (soit entre les XVe et XVIIIe siècle).

En d’autres termes, les nations occidentales  se sont convaincues d’apporter à la fois des valeurs transposables (puisqu’universelles) aux autres peuples en même temps qu’elles se donnèrent pour mission de  leur « suggérer » fortement leur conception libertaire et libérale du monde.

En guise de conclusion….provisoire

A l’heure des réseaux transnationaux, et paradoxalement, des crispations identitaires qui s’opposent au diktat de la culture dominante par instinct naturel d’autoprotection, il m’apparaît en évidence que pour donner un sens à la coexistence entre les multiples peuples de la terre, il faudra favoriser l’émergence d’une autre rationalité, multiple, complexe, intégrant dans son analyse  à la fois le simple et le complexe, et interrogeant la société humaine sur l’idéation de ses modèles d’expression culturelle dans une approche méthodique de la complexité idéelle.
Il s’agit de se demander si nous devons tous vivre à l’heure d’une lecture unipolaire des modèles politiques sous-jacents, uniformiser les modes d’expression culturelle et taire les identités velléitaires qui se refuseraient à cette homogénéisation de l’altérité.

De la réponse à ces questions dépendra aussi le devenir des formes culturelles moins exposées médiatiquement et encore considérées de façon dépréciée et péjorative par la rationalité économique triomphante.

(To be continued)

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